Le Canal du Midi de Béziers à Marseillan (4/10) : les Ouvrages du Libron

Le récit de Nicolas sur le Canal du Midi : les ouvrages du Libron.

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Voici le 34ème récit photographique de ma randonnée à vélo le long des 240 km du du Canal du Midi. Il sera question ici des ouvrages du Libron.

C’est en effet un ensemble d’ouvrages esthétiques et techniques remarquables, peut-être un des plus exceptionnels et surprenants du Canal du Midi, du moins, un des plus beaux, selon moi des Canaux des Deux Mers avec l’épanchoir du Gailhousty et l’écluse ronde d’Agde que je vous évoquerai en temps voulu.

Cependant, je suis loin de tout connaitre sur ce qui se rattache à ces canaux et d’autres découvertes me surprendront très certainement, je pense à celles que je pourrais découvrir le long des rigoles de la montagne et de la plaine, notamment.

Je ne peux m’empêcher de vous présenter de nouveau trois de mes aquarelles sur ce magnifique bâtiment qui fait partie intégrante dudit épanchoir évoqué plus haut.

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Petit aparté évoqué, « revenons à nos moutons ».

Les ouvrages du Libron, terminés en 1858, qui méritent à eux seul une publication toute entière, ont d’abord été imaginés par l’ingénieur Loysel au début du XIXe Siècle, puis concrétisés par l’ingénieur Urbain Maguès (1807-1876), à qui l’on doit plusieurs réalisations urbanistiques dans l’esprit haussmannien à Toulouse.

Pourquoi une telle réalisation ici !!!???

Le Canal du Midi se trouve à cet endroit à un niveau peu élevé, entre 2 m et 2 m 50 au dessus du niveau de la mer Méditerranée, toute proche. Le miroir d’eau du Libron, fleuve côtier apparemment paisible, long de 43 km et traversant 9 commune, est à peine plus bas, 1 m 95. Il passe sous le Canal du Midi.

Cependant, en période de crues, comme, par exemple, aux moments des « épisodes cévenols » ou des fontes des neiges, il remplissait le canal de limons et de débris et lui amenai des des alluvions. Des interventions de remise en état s’avéraient donc nécessaire, par la suite pour rendre le Canal du Midi de nouveau navigable.

Même l’installation d’une barge spéciale avec des extrémités avant et arrière fermées par de hautes cloisons en bois afin de protéger le canal ne semblait pas suffire, et, progrès techniques aidant, une autre solution, plus sécurisante, et surtout permettant de ne pas interrompre la navigation pendant les crues, a donc été imaginée.

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Extrait de « Histoire du Canal du Midi  » par Antoine-François Andréossy

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D’abord, le lit du Libron a été détourné (enfin, je suppose qu’il en fut ainsi. En fait, peut-être avait t’il été détourné au moment de la conception du canal et de la mise en place de la barge !!!??? Si quelqu’un peut me renseigner sur ce point, pour affiner mes informations, je suis preneur).

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Il passait auparavant à quelques mètres plus à l’Ouest, au niveau de cet aqueduc à siphon, en amont.

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Dans le sens Béziers-Agde, voici l’entrée et la sortie des ouvrages du Libron.

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L’ensemble comporte deux corps d’ouvrage aux intersections des deux bras du Libron, composé de vannes et demi-bâches qui isolent le canal des crues du fleuve. Une zone dite « protégée », ou « bassin de station » séparent ces deux sas.

Ci-dessous, 2 vue du bassin, à gauche, direction Agde, à droite, direction Béziers.

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Les demi-bâches, situées dans chacun des 2 corps d’ouvrage, ce sont ces portes de part et d’autre du passage vouté, et permettent, quand elles sont fermées horizontalement, d’isoler le canal des crues du Libron.

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Elle sons surpendues à des roues posées sur rails et un système d’engrenages permet de les actionner.

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Autres portes accolées en amont et en aval des corps d’ouvrage, les vannes, qui s’ouvrent et se ferment verticalement, permet aussi d’isoler le canal des crues du fleuve côtier.

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Et voici comment s’opère le passage d’une embarcation au moment des crues.

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Pour terminer, voici une de mes aquarelles avec le passage d’un bateau de plaisance.

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C’est tout, pour le moment !!!

Nicolas globe croqueur (et photographe).

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Une autre publication sur les ouvrages du Libron sur le Canal du Midi.

Venez découvrir quelques photos du fleuve en crues aux ouvrages en cliquant ici.

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Retour sur la liste des  articles consacrés à ma randonnée à vélo.

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Mes photos de tous les biefs et toutes les écluses du canal, sur ce lien.

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Nous sommes ici dans un secteur du canal ou naviguent les bateaux du soleil.

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Une petite vidéo sur les ouvrages du Libron.

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La publication d’Isabelle Werck (6) : « Vivaldi », suite

Isabelle Werck nous livre ici en deuxième partie, ses réflexions sur Vivaldi.

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Antonio VIVALDI (Suite).

La réputation de Vivaldi s’étend rapidement dans toute l’Europe, presque malgré lui. Les commandes princières affluent de toutes parts. Son éditeur, Roger, qui publie aussi Haendel ou Corelli, est à Amsterdam, une ville que Vivaldi découvre ( ?) en 1738. Mais son œuvre circule un peu partout à l’état de simple manuscrit, et le droit d’auteur pour les compositeurs n’existe tout simplement pas. Les Quatre Saisons sont archi-connues dans le monde, adaptées pour des instrumentariums en tout genre, y compris la cornemuse ou, sous la plume de Jean-Jacques Rousseau, pour flûte solo. A côté de toutes les pages qui nous sont parvenues, il y a aussi celles qui n’ont pas été conservées… Vivaldi ne rencontre pas Bach, mais Bach connaît ses concertos pour violon qu’il estime beaucoup : il en transcrit plusieurs pour le clavier, et son propre style en devient légèrement italianisant, plus spontané.

Talonné par l’urgence, mais aussi par son inspiration, notre compositeur peut boucler dix concertos en trois jours, un opéra en cinq. Il faut avouer que parfois il se copie un peu lui-même, mais cela fait partie du jeu, c’est largement permis à l’époque baroque qui en principe ne laisse entendre une œuvre qu’une seule fois, pas plusieurs. Le Président Charles des Brosses, magistrat-reporter qui laisse un témoignage détaillé sur l’Italie au Siècle des Lumières, rencontre Vivaldi : celui-ci lui confie qu’il a inventé une sténographie lui permettant de terminer un concerto plus rapidement qu’un copiste ne peut en transcrire toutes les parties ! La personnalité jaillissante du musicien est bien en harmonie avec son temps, l’ère baroque, qui aime les prodiges théâtraux, les palais sortant de terre en un jour et les dei ex-machina tombant des nuages.

Mais pour lui le grand genre est l’opéra. Il se vante d’en avoir écrit 94 ; il en reste 43 identifiés, un peu moins nombreux si on tient compte des copiés-collés, et 21 plus ou moins complets. Leurs livrets plutôt faibles ne les favorisent pas… Son plus bel opéra, écrit tout à loisir pour les jeunes filles de la Piétà serait… son oratorio, Juditha Triumphans, qui sous couvert d’une victoire biblique, célèbre une victoire navale contre l’ennemi turc.

Dans le domaine lyrique, malgré sa fécondité et son acharnement, Vivaldi se heurte dans Venise à certaines frustrations. Des 14 salles que possède la ville, ne lui sont concédées que les moins importantes ; il n’a jamais accès aux théâtres les plus prestigieux comme San Giovanni Grisostomo et San Cassiano, tenus par des nobles ; il doit être son propre imprésario dans les Théâtres Sant’ Angelo et San Moisè, très secondaires, où il s’occupe presque de tout, et investit de sa poche. Les stars du chant ne sont pas pour lui : il doit découvrir des talents nouveaux. La concurrence des Napolitains, qui s’invitent à Venise en mettant en vedette leurs castrats (Vivaldi ne partage pas vraiment ce goût pervers) lui fait de l’ombre. Et il n’a pas que des amis : le compositeur Benedetto Marcello, d’origine noble, se moque de lui dans le texte satirique Il Teatro alla moda, où il le caricature sous le nom transparent d’Aldiviva !

Ayant du mal à imposer ses opéras dans sa ville natale, Vivaldi voyage, organise des tournées dans le nord de l’Italie ; la Pietà lui accorde des congés de bien mauvaise grâce, stipule dans les contrats suivants qu’il doit rester, et tente de l’astreindre à un rythme de concertos bimensuels.

Vivaldi entretient une relation privilégiée avec une jeune contralto, Anna Giró (son nom, d’origine française, était Giraud) une ancienne élève de trente-deux ans sa cadette. Celle-ci est à la fois son interprète, son « écolière » dit-il, sa secrétaire et son infirmière. Car l’asthmatique Vivaldi a besoin d’auxiliaires de vie, il ne peut se déplacer qu’en gondole ou en carrosse, il faut lui faire les courses, etc. Il confie à la jeune fille des rôles dans ses opéras, où elle se montre brillante, peut-être davantage par son jeu dramatique que par sa voix. Mais le beau Stabat Mater pour alto solo a peut-être été écrit pour elle. Rien ne prouve que « l’Annina du prêtre roux », comme on l’appelait gentiment, ait eu avec lui d’autre relation que cette amitié artistique et pratique. Elle n’habite pas sous son toit, ne va le voir que flanquée de sa mère et de sa sœur. C’est aux portes de la ville de Ferrare, où il compte monter un opéra, que Vivaldi rencontre des ennuis : l’évêque prétend interdire l’entrée à ce drôle de prêtre qui ne dit pas la messe, écrit des opéras profanes et s’entoure de femmes. Vivaldi se défend dans une grande lettre, le plus long document qu’il nous ait laissé, où il affirme la parfaite « honnêteté » de ces dames aux yeux de tous, et l’« étroitesse de poitrine » qui le handicape.

La ferveur religieuse de Vivaldi s’exprime dans sa musique sacrée. Il y témoigne de sa foi avec une grande gaîté ! Plusieurs œuvres prennent une dimension majestueuse quand elles se partagent en double-chœur, suivant la tradition vénitienne de Saint Marc qui divise chœur et orchestre en deux tribunes : ainsi le Dixit Dominus RV 594, ou le Beatus vir RV 597. Les deux groupes vocaux, loin de rivaliser, collaborent au contraire pour créer une sorte de voûte sonore, profonde et habitée comme un plafond peint à fresque. En peinture, le contemporain vénitien de Vivaldi, c’est Tiepolo.

Il est triste de penser qu’Antonio Vivaldi, ce personnage si pétillant, dont la musique est si enjouée, ait connu une fin obscure, pour ne pas dire lamentable. Pourquoi, la soixantaine passée, décide-t-il brusquement de quitter Venise ? Pourquoi vend-il à La Pietà tous ses concertos pour la somme dérisoire d’un ducat chacun, comme s’il était pressé de s’en aller ?

Certes, il a noué une valorisante amitié avec l’empereur d’Autriche, Charles VI ; pendant la visite du souverain à Venise, ses ministres se plaignaient qu’il s’entretenait davantage avec Vivaldi en trois semaines qu’avec eux en deux ans ! Vivaldi part soudainement à Vienne, peut-être convaincu qu’il y trouvera le couronnement de sa carrière. Malheureusement, quand il y parvient, son impérial ami vient de mourir, et ses successeurs, qui ne le connaissent pas, le gardent bien froidement à distance. Vivaldi meurt isolé dans la petite maison d’une veuve sur la Kärtnerstrasse, d’une « inflammation interne » : une crise d’asthme fatale ? Il reçoit l’enterrement minimal des pauvres gens à la cathédrale Saint Etienne, et sa tombe disparaît en peu de semaines. Parmi les petits chanteurs de la cathédrale figure peut-être le jeune Joseph Haydn. Actuellement, une plaque dorée sur le sol de la Kärtnerstrasse, près de l’Opéra de Vienne (la maison exacte n’est pas déterminée) commémore le décès autrichien du maestro.

Après sa mort mystérieuse dans l’anonymat, Vivaldi disparaît longuement des mémoires ; son nom reste enseveli pendant plus de deux siècles. Sa résurrection ne commence qu’en 1913 avec les travaux du musicologue Marc Pincherle, et c’est par Bach que celui-ci trouve sa trace : qui est donc ce Vivaldi dont Jean-Sébastien a transcrit les concertos ? A partir de 1945, notre compositeur connaît une première popularité par le microsillon ; en 1947, le Danois Peter Ryom entreprend le catalogue complet de ses ouvrages, et le sigle RV suivi d’un chiffre signifie : Ryom Verzeichnis, « catalogue Ryom ». La suite, vous la connaissez : Les Quattro Stagioni deviennent un tube, plus ressassé encore que la Petite musique de nuit de Mozart. La musique sacrée est popularisée plus tard, dans les années 1970-80 ; et l’intérêt pour les opéras est encore plus récent.

Quand Igor Stravinsky passe par Venise, alors très occupée de Vivaldi qu’elle redécouvre, le compositeur russe est un peu agacé de ce que l’on ne s’occupe pas autant de lui-même, et avanceque « Vivaldi a composé 300 fois le même concerto pour violon ». Eh bien non. Si le prêtre roux produit à tour de bras, et s’autocopie légèrement, il n’ennuie jamais. Il est aussi fécond que ses contemporains, Bach, Telemann ou Haendel.

Le style musical de Vivaldi possède deux grandes tendances. La première, la plus connue, celle qui est exploitée aujourd’hui jusque dans les publicités, est sa facette gaie, extravertie et sympathique. A un tempo soutenu, des formules très faciles à identifier rebondissent : tonalités clairement définies, mélodies en arpèges montants ou descendants, en gammes escaladantes ou ruisselantes : c’est si simple comme langage, si enfantin presque, que cela semble issu tout droit de sources populaires. Il y a quelque chose de pseudo-folklorique dans la verve vivaldienne. Pourtant il donne à ce matériau sans prétention beaucoup de prestance et une variété inouïe ; à sa géniale évidence on reconnaît aussitôt la griffe du maître. En effet, ses phrases musicales si dansantes sont jalonnées de jeux rythmiques imprévus, dissymétries et syncopes qui font tout le sel du fameux tempo vivaldiano. Il adore aussi les effets d’écho, les instruments ou les voix qui se répondent à l’identique.

L’autre facette, plus grave, est celle des mouvements lents (mouvements centraux des concertos) et des méditations sérieuses. On s’intéresse moins à ce Vivaldi-là, et pourtant… en coulisse il exprime ses secrètes tristesses, il laisse errer sa pensée avec un admirable sens des modulations, qui contredit la facilité apparente de sa face ensoleillée. Ses enchaînements d’accords, au charme mélancolique, semblent alors flotter au fil des canaux sombres où se reflètent les lumières des palazzi.

Mais, qu’elle soit gaie ou pensive, l’énergie de la musique vivaldienne reste communicative, comme une source de joie frémissante qui nous suit partout.

Isabelle Werck.

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Les ouvrages du Libron sur le Canal du Midi

Ou comment la navigation reste possible pendant les crues du Libron.

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Voici une série de 9 planches sur la traversée du Libron par le Canal du Midi avant et après 1858, année ou ont été mis en service les ouvrages du Libron, permettant la navigation sur la voie d’eau, même en période du crue de ce fleuve côtier.

Elles sont extraites de ce lien (avec possibilité de fichier PDF téléchargeables). Je remercie, au passage, l’auteure de ce travail.

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Avant 1858.

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Après 1858, et l’ouvrage tel qu’il fonctionne aujourd’hui, en 2021.

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Il est à noter cependant que ces ouvrages ingénieux, protégeant le Canal du Midi d’ensablement, d’apport d’alluvions et de déchets suite aux crues du Libron, ne dispense aucunement d’interventions de maintenance régulières, comme vous pouvez le découvrir sur la vidéo ci-dessous.

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Je termine cette publication par quelques photos prises par moi-même et que j’ai le plaisir de vous faire partager.

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C’est tout, pour le moment !!!

Nicolas globe croqueur (et photographe).

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Les ouvrages du Libron sur un site du Canal du Midi sur ce lien, et sur le lien du site du Canal du Midi de Philippe Calas.

Venez découvrir quelques photos du fleuve en crues aux ouvrages en cliquant ici.

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La publication d’Isabelle Werck (5) : « Vivaldi » et bien plus encore

Isabelle Werck nous livre ici en première partie, ses réflexions sur Vivaldi.

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ANTONIO VIVALDI 1678-1741 :

Le prêtre roux et Venise.

Inséparable de l’atmosphère turbulente et éclatante de Venise, Antonio Vivaldi est aujourd’hui l’un des compositeurs classiques les plus populaires ; aucune œuvre n’a été aussi enregistrée -et rebattue- que ses Quatre Saisons, mais il a laissé bien d’autres pages irrésistiblement attachantes.

La Venise où naît Vivaldi est encore une république indépendante, mais en déclin ; la découverte du Nouveau Monde, les attaques des Turcs ont considérablement affaibli l’opulence marchande de cette Sérénissime qui dominait autrefois la Méditerranée. Dans une fête perpétuelle, Venise dilapide son héritage et s’efforce d’oublier le crépuscule où elle s’enfonce. L’art, la musique surtout, y occupent une place essentielle ; les réjouissances du carnaval s’étendent alors pendant cinq mois et demi ( !) de l’Ascension au 30 juin, du premier lundi d’octobre au 15 décembre, et du 26 décembre au Mardi Gras à minuit ; les musiciens ont fort à faire pendant ce temps-là pour divertir une foule des fêtards, où se promènent bien des princes incognito sous leurs masques. Dans le « ridotto », on joue aux cartes, et l’on joue gros ; le compositeur Albinoni, par exemple, n’a pas besoin de sa musique pour vivre, car sa famille exploite une fabrique fort prospère de cartes à jouer. Cette société réclame une musique sans cesse renouvelée, qui sache surprendre et plaire du premier coup. Celle, pétillante et si souvent enjouée, d’Antonio Vivaldi va non seulement conquérir d’emblée le public vénitien, mais connaître de son vivant une réputation européenne.

Né le 4 mars 1678, le jeune Antonio est le fils d’un barbier qui est aussi violoniste, Giovanni-Battista : de moins en moins barbier et de plus en plus violoniste, il joue dans la chapelle ducale de Saint Marc, participe à l’accompagnement orchestral des opéras, et devient directeur de la musique instrumentale à l’orphelinat des Mendicanti. Le père et le fils, rouquins tous les deux (on surnomme le père « Rossi » ou « Rossino ») auront une longue et bonne entente. Les guides touristiques de l’époque les signalent comme un duo de violonistes qu’il ne faut pas rater.

La mère, Camilla Calicchio, est la fille d’un tailleur. A la naissance d’Antonio, saluée par un tremblement de terre, l’enfant est si chétif que la sage-femme se dépêche de l’ondoyer. Il survit pourtant ; et tout au long de son existence, Vivaldi souffrira d’une santé délicate, très probablement d’asthme, tout en faisant preuve d’une surprenante résistance. Des sept enfants de la famille, il est apparemment le seul musicien, et ses parents, pour lui assurer un avenir décent, le destinent au sacerdoce : à l’époque, les prêtres compositeurs ou professeurs de musique ne sont pas rares. Le voici donc qui assimile rapidement le latin dès l’âge de six ans, qui reçoit la tonsure à quinze ; par dispense pour des raisons de santé, il ne loge pas au séminaire et rentre chez ses parents le soir. Il ne cesse pendant tout ce temps d’étudier passionnément la musique ; il a été admis très jeune dans l’orchestre de Saint Marc, réorganisé par le grand violoniste Legrenzi ; il assiste depuis les coulisses aux spectacles d’opéra où participe son père. Venise possède plusieurs salles d’opéra et plus tard Vivaldi, que nous connaissons surtout comme auteur de concertos, secondairement comme auteur de musique sacrée, va beaucoup consacrer ses efforts au théâtre lyrique.

Le voilà ordonné prêtre à vingt-cinq ans. Il porte, comme les prêtres de l’époque, un costume proche du costume civil, avec culotte, bas, souliers à boucles, tricorne, mais en noir avec un rabat blanc. Dès son ordination, il est embauché à l’orphelinat de La Pietà. Il y restera 36 ans, avec des éclipses ; mais avant d’aller plus loin, il nous faut rappeler ce que sont à l’époque ces institutions vénitiennes ou napolitaines, les hospices ou ospedali.

Dans cette Venise dissipée, où beaucoup de bébés sont malvenus, puis exposés, abandonnés sur les marches des églises, existent des institutions charitables ; quatre d’entre elles recueillent les filles : la Pietà (« la pitié »), les Mendicanti mentionnés ci-dessus (« les mendiants ») les Incurabili, et Ospedaletto (petit hôpital). Malgré leurs noms, ce sont des orphelinats féminins, doublés, depuis le XVIe siècle, de prestigieuses écoles de musique. On appelle aussi ces institutions des « conservatoires », parce qu’on y conserve les enfants, en les sauvant de la mort, mais le terme a fini par désigner, comme on sait, des académies de musique. A la Pietà par exemple, sur un millier de pupilles, 140 environ sont choisies parmi les plus douées ; on leur enseigne toutes sortes d’instruments, cordes, clavecin, orgue, bois, cuivres, chant ; leur formation est très poussée et elles donnent des concerts chaque dimanche. On vient même de l’étranger entendre ces charmants orchestres de demoiselles tout de blanc vêtues, dirigés par l’une ou l’autre d’entre elles, ensembles à la sonorité parfaite, à l’interprétation entraînante. C’est ainsi que nous est parvenu le témoignage de Jean-Jacques Rousseau, réputé à l’époque comme compositeur, qui a même été invité à prendre le thé dans leur parloir.

Les ospedali rivalisent entre eux, et leur public ne demande qu’à être captivé. Dans cette atmosphère sage de l’orphelinat, un peu confinée mais débordante de vie et d’émulation, Vivaldi est d’abord professeur de violon, avant de devenir compositeur en titre. A la fois surveillé et efficacement secondé par des répétitrices, des duègnes qui sont d’anciennes élèves, il va trouver à la Pietà un véritable laboratoire où il épanouira ses plus belles qualités. On ne peut pas dire qu’il soit bien payé, mais il est plus gâté par exemple que Jean-Sébastien Bach, qui doit se battre sans arrêt dans son Eglise Saint Thomas pour faire admettre l’importance de la musique. Don Antonio, comme on l’appelle, dispose de jeunes exécutantes motivées, dans une culture où la musique se doit d’être brillante et expressive. Toute son œuvre s’en retrouve imprégnée de spontanéité et d’une sorte de fièvre candide.

Avec tout cela, notre musicien est prêtre… mais un peu original. A ses débuts, il dit la messe tous les matins à La Pietà pendant un an et demi ; et les messes à l’époque sont longues. Mais à trois reprises il doit s’interrompre à cause d’un malaise. Les mauvaises langues prétendent qu’il a couru à la sacristie pour noter un thème de fugue, mais ce genre de remarque le met hors de lui. En fait, il souffre d’« étroitesse de poitrine », comme il dit ; il s’arrange donc pour avoir une dispense et il cesse de dire la messe, définitivement. Son handicap ne l’empêche pas de déployer par ailleurs une indomptable énergie : de composer rapidement une abondante production ; de diriger ; de jouer du violon en virtuose éblouissant : Vivaldi est en quelque sorte le Paganini de son époque et fait chanter son instrument avec un engagement inégalable ; de s’échapper, enfin, de la Pietà pour monter ses opéras dans tout le nord de l’Italie. Admettons qu’il soit sincère, mais, de façon psychosomatique, il est malade ici, et en pleine forme là-bas… Pour le reste, il affiche beaucoup de dévotion et ne lâche jamais son bréviaire.

Qui dit Vivaldi, dit concerto, et en particulier le concerto pour soliste, qui oppose celui-ci au groupe orchestral. Ce n’est pas Vivaldi qui a inventé de toutes pièces ce nouveau genre, mais il l’a largement développé. Le concerto vivaldien, en trois mouvements presque toujours (vif-lent-vif, schéma hérité de l’ouverture à l’italienne), devient alors une forme musicale d’une étonnante longévité historique, qui se maintient, assimilant avec robustesse les différents styles, jusqu’au vingtième siècle. Les Quatre Saisons sont quatre concertos pour violon solo avec orchestre à cordes et clavecin (basse continue).

Comme l’orchestre de la Piétà lui permettait toutes sortes de recherches, Vivaldi a écrit, à côté de ses 275 concertos pour violon et 40 pour plusieurs violons, bien d’autres concertos pour flûte ou flûte à bec, basson, cors, trompettes… Sa plume prend un évident plaisir à jouer avec les coloris, il est un des pionniers dans la notion d’orchestration. Il aime aussi beaucoup les doubles concertos : deux violons, ou deux mandolines, deux cors, deux bassons, qui dialoguent continuellement… c’est qu’il faut occuper et valoriser toutes ces petites élèves !

Toutefois les 7/8 de sa production concertante sont pour instruments à cordes, et l’instrument-roi de notre compositeur reste évidemment le violon. En son temps, celui-ci a atteint presque exactement sa forme actuelle, mais il sonne un peu moins brillamment que ceux d’aujourd’hui, notamment à cause de la forme de l’archet, qui est encore convexe. A ses recueils de concertos pour violon Vivaldi donne des titres baroques : L’Estro armonico, 1711 (traduisons par : « L’invention, la fantaisie musicale »), La Stravaganza, 1713 (si d’aucuns le traitent d’extravagant, qu’à cela ne tienne ! Traduisons par : « l’Inspiration fantasque »), Il cimento dell’ armonia e dell’ invenzione, 1725 (« L’affrontement entre la technique et l’inspiration »). C’est dans ce dernier volume que figurent les Quatre Saisons, véritable tour de force où les audaces proviennent des nécessités descriptives, et où la description s’inscrit quand même dans le strict canevas du concerto : leur célébrité n’est pas volée.

A suivre…

Isabelle Werck.

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En guise de « post-scriptum », puisqu’une part non négligeable de l’existence de Vivialdi avait pour cadre Venise, je vous présente quelques un de mes visuels sur cette cité à l’inspiration inépuisable.

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La publication d’Isabelle Werck (4): « Beethoven »

Isabelle Werck, contributrice invitée sur ce blog, publie ici un texte sur ce compositeur et pianiste allemand et en particulier sur son « CONCERTO POUR PIANO ET ORCHESTRE n° 4 EN SOL MAJEUR Op. 58 ».

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Ludwig van BEETHOVEN

CONCERTO POUR PIANO ET ORCHESTRE n° 4 EN SOL MAJEUR Op. 58

Composition : 1805-1806. Création privée en mars 1807, et publique le 22 décembre 1808, à Vienne, par le compositeur.

Deuxième mouvement : Andante con moto

Beethoven a écrit sept concertos : cinq pour piano, un pour violon, et un Triple Concerto pour piano, violon et violoncelle.

Des cinq concertos pour piano de Beethoven, le Quatrième est le plus original et même le plus déroutant quant à l’architecture de ses mouvements. Il déborde d’astuce et de vie, mais il innove dans la succession des événements, qui n’est pas conventionnelle. C’est particulièrement vrai dans le mouvement lent central.

La réputation d’antagonisme, de « bagarre » entre le piano et l’orchestre, qui s’attache aux concertos de Beethoven, réputation un peu surfaite, trouve cependant son illustration emblématique dans ce deuxième mouvement.

D’un côté, un orchestre arrogant, bourru ; et de l’autre un piano plaintif, qui chante comme une victime aussi gracieuse que sans défense : telles sont les données de départ, et au fil de ce bref morceau le rapport de pouvoir va s’inverser. « Une lutte entre deux personnages de caractère différent », notait Vincent d’Indy. A l’orchestre revient un langage sommaire, confiné dans la couleur volontairement terne des cordes, les registres graves, l’unisson, les silences ; au piano les supplications sont plus élaborées, et fleuries de quelques ornements.

19’25, Début : Les cordes jouent à l’unisson, donc un peu sommairement toutes la même chose ; elles exécutent un motif sombre, haché, tranchant, indiqué sempre staccato.

19’43, Première réponse du piano, très différente, et indiquée molto cantabile. Le pianiste joue en douceur et, contrairement à l’orchestre, il produit des accords : on dit que sa partie est « harmonisée ». Sa phrase finit sur un gracieux ornement.

20’17, 2e intervention de l’orchestre, toujours dans le genre revêche, et montant plus haut vers l’aigu, comme une menace.

20’31, 2e réponse du piano, harmonisée, liée, indiquée pianissimo, molto espressivo.

A la fin, l’orchestre lui coupe la parole.

21’10, Les échanges se font de plus en plus brefs entre les deux protagonistes. Les courtes phrases de l’orchestre descendent, tandis que les motifs du piano montent.

21’43, Un peu interdit, cet orchestre baisse progressivement pavillon, diminuendo, et plus loin : sempre diminuendo.

22’18, La partie d’orchestre à cordes est limitée à un simple pizzicato quand le piano peut enfin s’exprimer plus longuement : il déploie des ressources d’amplitude et de poésie que son interlocuteur n’a pas. Le dialogue entre main droite et main gauche est « romantique » et doux : le piano donne à l’orchestre une démonstration d’échange harmonieux entre… soi et soi-même, base indispensable aux autres échanges !

22’59, Ce solo de piano se termine sur une transition que Beethoven affectionne, les trilles. Cette section est très étonnante. La main droite exécute un trille, la gauche esquisse des traits chargés d’étrangeté, dans un mouvement pendulaire.

24’04, Ce plaidoyer du soliste laisse le « méchant » orchestre désarmé. Violons et altos se contentent de tenir un mi prolongé (= une « pédale »). Les cordes graves ne détiennent plus qu’un fragment de leur première idée, débarrassée de toute brusquerie, penaude même, dans son volume sonore très bas.

24’54, Le dernier mot, au piano, s’envole en soupirant.

Rarement une telle dramaturgie aura été atteinte par le simple moyen des notes ; où Beethoven est-il allé chercher ce dialogue entre la rudesse et la douceur, en démontrant la supériorité de cette dernière ?

Isabelle Werck.

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Chronologie de Ludwig van BEETHOVEN  (1770-1827)

1770, naissance à Bonn, (né ?) baptisé le 17 décembre

Père ténor à la chorale de la cour de Bonn

1774, 1es leçons de clavier avec le père alcoolique et rude

1778, premier récital à Cologne, à soi-disant « 6 ans »

1779, leçons avec le bon pédagogue Christian-Gottlob Neefe ; publication de sa première œuvre, des variations, en 1782, grâce à Neefe

1784, premier emploi d’organiste à la cour de Bonn

Appui affectueux de la famille noble von Breuning

1787, premier séjour à Vienne (rencontre avec Mozart), mais écourté : mort de sa mère en juillet

1789, début de la Révolution Française

Violoniste à l’Opéra de Bonn pendant quatre saisons, jusqu’en 1792

1792, 2 novembre, second départ pour Vienne, définitif

Etudes un peu mouvementées avec Haydn

Décembre, décès du père ; ses frères Karl et Johann arrivent à Vienne en 1794 et 1795

1795, Premier concert public à Vienne

Grands succès dans la haute société viennoise

Vers 1798, premiers troubles auditifs

1800, le Prince Lichnowsky, son principal protecteur, lui verse une forte pension

Création de la 1e Symphonie

1802, testament de Heiligenstadt : lettre non envoyée à ses frères, où il écrit que sa surdité croissante lui inspire la tentation du suicide

1803, 3e Symphonie, « héroïque »

Début de la féconde 2e période créatrice (jusqu’en 1812, ouvertures, concertos, quatuors 7 à 11, sonates Appassionata ou Waldstein…)

Il s’installe dans une vie de compositeur très régulière : travaille le matin, se balade dans la nature l’après-midi ; déménage souvent.

1806, invasion de Napoléon en Autriche ; rupture de Beethoven avec Lichnowsky

1807-1808, Symphonies 5 et 6 (« Pastorale »)

1809, Vienne bombardée et occupée. 5e Concerto pour piano.

1810, Les Princes Lobkovitz, Kinsky et l’Archiduc Rodolphe s’engagent à lui verser une pension

1812, rencontre Goethe à Teplitz, et le courant ne passe pas très bien

1813-1815, Chute de Napoléon et festivités du Congrès de Vienne. Succès de La Bataille de Vittoria, de la 7e Symphonie et enfin de l’opéra Fidelio.

1815, mort de son frère Karl, Beethoven tuteur de son neveu Karl

1819, sa surdité devient complète. Entame son troisième et dernier style, très moderne (sonate Hammerklavier et 3 dernières, derniers quatuors…)

1824, triomphe de la 9e Symphonie

1826, tentative de suicide de Karl

1827, mort de Beethoven le 26 mars. 10 000 à 30 000 personnes présentes à ses funérailles le 29 ; Franz Schubert tient un des flambeaux.

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La publication d’Isabelle Werck (3), « L’Hymne à la joie »

Isabelle Werck, contributrice invitée sur ce blog, nous propose de commencer cette année de manière joyeuse par un texte sur « l’Hymne à la joie ».

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Sur cette publication, je vous propose les vidéos en 10 parties de la « Neuvième symphonie » de Beethoven avant de poursuivre par le texte d’Isabelle Werck sur « l’Hymne à la joie ».

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L’HYMNE A LA JOIE (9e Symphonie de Beethoven, 4e et dernier mouvement).

Beethoven a eu très tôt l’envie de mettre en musique ce texte de Schiller, qui est à la fois un chant à la solidarité humaine, et un aveu d’appartenance à la nature, au cosmos, à l’Etre Suprême.

L’idée est venue au compositeur dès ses vingt-deux ans, en 1792 quand il fréquentait une université très enthousiaste aux idéaux de la révolution française toute récente.

Au fait, Schiller a-t-il parlé de Joie, Freude, ou de Liberté?

On ne sait plus très bien. Le poète a été prévenu dès 1793, par un ami, qu’un certain Ludwig van B., très talentueux, caressait ce projet compositionnel.

Mais Beethoven ne le réalise que trois ans avant sa mort, en 1824, quand Schiller est décédé depuis 19 ans. Le musicien n’a retenu en définitive que 36 vers sur les 96de Schiller, et ne s’est pas gêné pour élaguer, intervertir, retenir les vers les plus grandioses.

La création de la Neuvième Symphonie, à Vienne le 7 mai 1824, a suscité une ovation retentissante et prolongée dans la salle. Pourtant l’effectif de l’orchestre et des chœurs était bien inférieur à celui que l’on exige aujourd’hui. Beethoven, complètement sourd, «dirigeait», mais, placé à côté du chef Michaël Umlauf.

Le compositeur n’a pas perçu le tonnerre d’applaudissements, et c’est la mezzo soliste qui, le prenant par le bras, l’a fait se retourner vers un auditoire en délire.

Le musicien, en réalisant son rêve sur le tard, a eu l’audace de couronner pour la première fois une symphonie, sa dernière, par cette grande cantate ajoutée : au fond, c’est une messe laïque, devenue bien plus populaire que sa Missa solemnis de1822.

Le thème proprement dit de l’Hymne à la Joie, qui semble si simple, actuel hymne européen mis à toutes les sauces, a coûté à son auteur bien des tâtonnements et des brouillons rageusement froissés… que l’on a retrouvés+: car Beethoven, très «bordélique», jetait peu, et mal.

De toute façon, ce thème figure déjà, presque identique, dans un ouvrage antérieur de Beethoven, la Fantaisie pour piano, chœurs et orchestre op. 80 (1808) qui est souvent considérée comme une étude préparatoire de la Neuvième. Et puis, l’idée de confier à un chœur une louange humaniste de la liberté, de l’amour, de la fraternité a déjà été accomplie dans la scène finale qu’il a ajoutée à Fidelio en 1814: l’opéra se termine, comme la Neuvième, à la façon d’un oratorio.

«L’Elysée», dont la Joie est la fille, est le paradis antique; mais d’après les éclaircissements de Schiller lui-même, ce terme représente ici une réalisation de l’idéal sur terre, grâce à la vaillance et à la solidarité des femmes et des hommes.

Le compositeur insiste particulièrement sur les huit premiers vers, porteurs du thème célébrissime, qui revient régulièrement comme un refrain, ou comme un sujet de variation : Joie, belle étincelle des dieux , fille de l’Elysée. Nous approchons, enivrés par ta flammeHimmlische, dein Heiligtum. Déesse, de ton sanctuaire, tes magies unissent de nouveau, ce que la routine a sèchement divisé . Tous les humains deviennent frères, là où se pose ta douce aile.

Ce final comporte quatre grandes parties: une exposition instrumentale, puis une exposition vocale, toutes deux centrées sur le thème de l’hymne. Une troisième section sur un nouveau thème, celui de l’embrassement universel, et enfin une importante synthèse conclusive avec les deux thèmes.

Dans l’ensemble, une frénésie presque «païenne» côtoie des solennités de type religieux; deux styles se complètent. Première partie: exposition instrumentale. L’exposition orchestrale commence par ce que Wagner surnommait «la fanfare de l’effroi», jetée sur une brutale dissonance.0’14.

Un récitatif bourru de violoncelles et contrebasses s’interrompt de temps à autre pour laisser surgir des citations des trois mouvements antérieurs de cette symphonie, comme un index, un résumé de l’œuvre : l’aube du premier mouvement (0’52), les bonds du deuxième mouvement (1’25), un soupir du troisième mouvement(1’50)… que suit une esquisse de l’Hymne à la Joie (hautbois, clarinettes, 2’25).

Le plus drôle, ce sont les notations de Beethoven lui-même sur son manuscrit à ces passages: 0’52, «Oh non, ceci nous rappellerait trop notre état de doute» ; 1’25 : «Cela non plus, ce n’est que plaisanterie, il faut chercher quelque chose de plus beau» ; 1’50 : «Cela est trop tendre, il faut chercher quelque chose de plus éveillé», et enfin à 2’25: «Ah, le voici, il est trouvé, joie!». Il pense tout haut et accouche difficilement devant nous, en exprimant son remue-méninges dans sa musique même, 2’55.

Après tout ce suspense, le thème de l’Hymne à la Joie fait beaucoup d’effet quand il est enfin énoncé, dans toute sa longueur, aux cordes graves (violoncelles, contrebasses),3’38, variation de l’hymne aux altos (avec en contrepoint un basson, qu’on entend, mais qu’on ne voit pas), 4’30, autre variation, aux violons, 5’15, autre variation en tutti, avec trompettes

Deuxième partie : exposition vocale qui commence comme un décalque de la précédente ; d’abord la fanfare très discordante et furieuse, puis, à la place du récitatif de cordes graves :0’27.

Le baryton-basse solo proclame : Oh mes amis, pas ce bruit là ! Mais quelque chose de plus agréable et joyeux .

Ces paroles introductives ne sont pas de Schiller mais de Beethoven qui, selon son habitude, conçoit et réfléchit tout haut jusque dans son œuvre même,1’15. La basse chante tout l’hymne avec les paroles déjà traduites ci-dessus : Joie, fille de l’Elysée, etc…, les 8 vers ,2’05. Le quatuor de solistes chante les 8 vers suivants : Celui qui a l’heureuse fortune, sein d’être l’ami d’un ami, et celui qui a trouvé une noble épouse, qu’il mêle à nous sa jubilation. Oui, même celui qui n’a pu nommer sienne qu’une seule âme sur terre, mais celui qui ne l’a jamais pu, qu’il quitte cette assemblée en pleurant.

Le chœur renchérit sur les 4 derniers vers, 2’53. Variation de ce qui précède, soli d’abord, puis chœurs qui approuvent, sur les vers suivant. Tous les êtres boivent aux seins de la nature. Tous les bons, tous les méchants, suivent sa trace semée de roses. Elle nous a donné les baisers et le vin. Un ami loyal jusque dans la mort…

La volupté a été donnée au ver de terre…3’35 … jusqu’à parvenir à un passage très vertical, très majestueux : et le chérubin se tient devant Dieu ! (Insistance du compositeur sur ces mots). Dans la tradition, les Chérubins ne sont pas des angelots, mais des anges très hauts placés dans la hiérarchie, avec les Séraphins.

Elle commence par la variation la plus amusante de l’hymne, une marche, alla marcia, pour le ténor et le chœur d’hommes, variation dite «turque», à cause de sa sympathique quincaillerie de percussions, grosse caisse, triangle, cymbales. La familiarité de ton, le côté à la fois militaire (timbre du piccolo) et plébéien sont un apport très franc de Beethoven dans la sphère symphonique : il ne dédaigne pas la musique de la rue et s’adresse à tout un chacun, joyeux, comme volent ses soleils.

Plan Sur la magnifique plaine du ciel, poursuivez, frères, votre chemin. Avec joie comme un héros à la victoire, le chef indique vite sur ses doigts les plus petites unités du tempo, pour obtenir une précision absolue de l’ensemble, 1’47. Commentaire orchestral fugué, frénétique, très dansant,3’41 . Explosion de l’hymne, tutti choral sur Joie, fille de l’Elysée…

Troisième partie, 4’41 : Un nouveau thème : Embrassez-vous, millions d’êtres! Ce baiser au monde entier ! Frères, au-dessus de la voûte étoilée. Un père bien-aimé doit demeurer.

Cette section est globalement plus lente et d’une haute dévotion; c’est là que la Neuvième affirme sa vocation de messe déiste. Le thème est annoncé par les voix d’hommes et les trombones avec une quasi-sévérité qui emprunte au chant grégorien. Puis s’ajoutent les voix de femmes dans une ample polyphonie. Et on enchaîne avec ce passage très interrogatif : Vous vous prosternez, millions d’êtres? Monde, pressens-tu le Créateur ? Cherche-le au-dessus de la tente étoilée, au-dessus des étoiles il doit habiter ,0’29. Un sommet purement magique est atteint sur l’évocation de la voûte étoilé : l’empilement tranquille des instruments et des voix, du grave à l’aigu sur un seul accord suspensif et doux (la, do dièse, mi, sol, si bémol, neuvième de dominante), nous fait littéralement lever la tête vers un brouillard cosmique où les astres planent en tremblant.

Quatrième partie, 0’52. Soudain les voix féminines, énergiques comme des flèches de lumière, déclenchent une écriture fuguée qui entrelace les deux thèmes de l’embrassement (Embrassez-vous…) et de la Joie (fille de l’Elysée), 2’24. Passage haletant, entrecoupé et presque atonal des basses et ténors sur «Vous vous prosternez ? Pressens-tu ?». La réponse à cette inquiétude est donnée quand les voix de femmes interviennent : «Cherche-le au-delà de la tente étoilée», avec un nouvel effet un peu diffus,3’09.

Hymne à la Joie varié, très volubile, avec soli et chœur, 4’40. Polyphonie très douce des solistes, lenteur et apaisement avant l’éclatante fin,5’31. Coda, qui porte à un sommet d’incandescence dionysiaque, l’esprit de la danse, une flambée rythmique très enlevée. Le chœur conclut sur ultime et splendide invocation à la Joie, remplie de gratitude et puissamment ralentie:

FREUDE, SCHÖNERGÖTTERFUNKEN$!GÖTTERFUNKEN$!

Isabelle Werck.

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Pour les passionnés de généalogie, voici la fiche du musicien sur généastar (réservé aux abonnés geneanet) sur ce lien.

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Les publications de mon ami Alain Marc, aquarelliste, sur son site et blog en 2020

Les 20 publications d’Alain Marc en 2020.

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Le visuel de Nicolas globe croqueur ci-dessus représente Plume, le chat d’Alain, malheureusement écrasé par un chauffard et évoqué dans un article de décembre.

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JANVIER

Femmes année 50,  et tous mes vœux pour 2020, sur le site.

Rêves et mémoires de voyage, de la Jordanie à l’Asie, sur le blog.

Le nouveau voyage du bleu, sur le blog et sur le site : Portugal.

Une page aquarelle de voyage à Elvas, sur le blog et sur le site : Portugal.

Ombres d’aquarelle rapide, à la rua da Porta Nova à Faro, sur le site et sur le blog.

Croquis – aquarelle rapides à Espirito Santo et Mértola, sur le site.

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Croquis aquarellé d’Alain Marc à Espirito Santo, en Algarve, Portugal du sud.

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FEVRIER

Aquarelle de synthèse dans la campagne du bas Alentejo, sur le site.

Le HLM à cigognes pour apprentis naturalistes, sur le site.

J’arrête tout !!!????, sur le site. (note personnelle de Nicolas, fort heureusement que non).

Le voyage du bleu au Portugal continue en Algarve, sur le site.

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Aquarelle d’Alain Marc a Ria Formosa, Algarve, Portugal du sud.

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MARS

Programme « animation » d’Alain MARC pour le confinement de mars – avril 2020 sur le site.

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Aquarelles de Nicolas globe croqueur du jardin de Majorelle à Marrakech réalisées pendant une visio-conférence d’Alain Marc.

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Visuel de Nicolas globe croqueur sur le sud marocain réalisé suite à une visio-conférence d’Alain Marc.

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Plume et les animaux malades de la peste, sur le site.

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AVRIL

Petits poissons d’avril pour vos fêtes de Pâque, sur le site.

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Visuel de Nicolas globe croqueur ‘après une sculpture de Jean Marc, son père : « Le poisson qui nageait entre deux zoos »

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MAI

L’horloge des temps modernes marque l’heure de la fin du confinement, sur le site.

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JUILLET

Les petits trésors que je vais partager avec vous, sur le site.

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SEPTEMBRE

Mon retour parmi vous dans quelques jours, sur le blog.

Daniel André et le bleu de Malaval, et sur site.

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NOVEMBRE

Des nouvelles, tout simplement, sur le site.

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DECEMBRE

Adieu Plume !, sur le blog et sur le site.

Le conte de Noël : « Hommage à mon père » (1) sur le blog et sur le site.

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Une des premières sculptures du père d’Alain

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Bonne et heureuse année 2021

Les voeux de Nicolas globe croqueur et photographe pour 2021.

Bonjour à toutes et à tous.

Comme je le pressentais, l’année qui s’est terminée aura été un « virage », avec des aventures personnelles qui se sont terminées, d’autres qui se sont créées et des troisièmes qui restent et resteront des « valeurs sures ».

Pour ce qui concerne les aventures personnelles terminées, mon choix d’y mettre fin résulte du fait que je n’avais plus la motivation que j’estimais nécessaire pour avoir la légitimité de les poursuive.

Petite remarque faite, j’entre dans le vif du sujet.

Tout d’abord, le bilan de l’année 2020, puis ce que je compte entreprendre en 2021… et après, autrement dit, faire en sorte que ce blog ait de l’avenir, à défaut de prétendre qu’il soit « plein d’avenir ».

Je compte continuer à m’ « investir », plus ou moins adroitement, jugeront certains, certainement avec des résultats qui seront plus ou moins au rendez-vous, mais, en tout cas, avec l’objectif de bien aller au delà des effets d’annonce sur les réseaux sociaux, comme l’ont fait certains en qui j’ai longtemps cru, et qui n’iront peut-être pas plus plus loin sur certains sujets, en tout cas, ce qui fait qu’une collaboration n’est absolument plus possible avec ceux qui ont cet état d’esprit, autrement dit, le découragement, cela déteint.

Ceci-dit, chacun fait comme il veut et/ou comme il peut, et pour ma part, je n’ai pas d’esprit de rancune.

Pour commencer, je peux affirmer sans me tromper que cette année 2020 aura été « particulière » avec un confinement que personne n’attendait vraiment, moi le premier. Nous pensions tous que cet « imprévu » ne se limiterait qu’à des quarantaines localisées et uniquement pour les personnes concernées par le virus du Covid 19.

C’est donc avec une totale impréparation que le 17 mars 2020 nous est « tombé dessus » avec des projections dans l’avenir immédiat qui ont été compromises, modifiées ou, tout simplement, annulées.

La visite d’invité(e)s mauricien(e)s, par exemple, et la découverte du Canal du Midi que j’avais prévu de leur proposer ne s’est pas du tout concrétisée. Ils et elles n’auront donc pas pu découvrir Carcassonne, notamment.

Autre évènement annoncé mais annulé, et qui pourra, j’espère, être possible cette année : la Provence avec mon ami Alain Marc au mois de mai, d’autant plus que mon ami aquarelliste, lui au moins, fait partie des « valeurs sures » que j’ai évoquées plus haut.

En revanche, le voyage estival en août à Porto a bien pu avoir lieu…

… tout comme la sortie un samedi sur Honfleur avec Christian Colin, une autre « valeur sure », …

… et des jeudis aquarelles à Sauve, dans le Gard, proposés et animés par Dominique Gioan et Julia Kaulbach, que j’ai rencontrées pour la première fois et qui m’ont très bien accueilli. Occasion qui m’aura été donnée aussi de tester mon tout nouveau vélo électrique sur la voie verte qui passe à proximité de ce village gardois, et notamment sa prolongation vers Hippolyte-du Fort. A terme, nous pourrons aller de Nîmes au Vigan par cet itinéraire.

Voici l’ancienne gare de Sauve transformée en restaurant (photo août 2020), suivi d’un visuel du village.

Je tiens à souligner aussi un des évènements sympathiques de ce début d’année 2020 : ma participation avec les Urban sketchers au salon du dessin et de la peinture à l’eau au Grand Palais, en février (une des dernières manifestations organisée à la manière du « monde d’avant le Covid 19 »).

Le confinement aura été l’occasion également de relever des défis graphiques divers et variés comme aller dessiner cette vue de Montrouge (Hauts-de-Seine) que je voyais d’une de mes fenêtres…

… ou alors ma participation aux samedis après-midis télé-ateliers organisés par Alain Marc sur le thème de la Provence, du Québec et du Maroc. Un stage carnet de voyage virtuel en quelque sorte…

… ou bien encore ce que m’ont inspirées graphiquement parlant les initiatives de certaines personnes pendant le confinement, comme ce jeune guitariste italien de 18 ans, Jacopo Mastrangelo qui se produisait tous les samedis depuis sa terrasse dominant la place Navone à Rome.

Pour 2021, et pour les années qui vont suivre, j’ai décidé de présenter les tableaux à l’huile de mon père, d’étoffer mon volet « généalogie », d’ouvrir mon blog à des contributeurs et contributrice invité(e)s, comme ce fut le cas pour deux contributeurs marocains par le passé et déjà le cas pour Isabelle Werk (articles sur des peintres et des musiciens), sans oublier ce que j’ai dans mes « cartons » comme le Sud Portugal en 2016, Porto en 2019 et 2020, New-York (je l’avais promis mais je ne l’ai pas encore publié), et les sorties parisiennes avec Alex Illkurtz .

S’ajouteront peut-être d’autres sorties que je n’ai pas encore prévues, comme les sorties du samedi avec Christian Colin… si les règles et les contraintes sanitaires ne « s’ invitent pas » de nouveau.

Autre objectif : la poursuite de mes récits de ma randonnée à vélo sur le Canal du Midi (3 publications en 2020), et notamment, je vous prépare un article sur un endroit qui mérite une publication à lui seul, les ouvrages du Libron (tout comme l’écluse ronde d’Agde que j’évoquerai ultérieurement).

Je tiens à remercier celles et ceux, par l’intermédiaire de nos rencontres, de nos échanges, me donnent envie d’y croire, autrement dit, de par leur désir vouloir toujours se prouver quelque-chose et inspirent autour d’eux un esprit dynamique très positif. Cela permet plus ou moins des synergies ponctuelles entre blogueurs. J’espère, en retour, leur rendre la pareille.

Avant de conclure, voici une de mes aquarelles automnales du Canal du Midi aux alentours de Capestang.

A toutes et à tous, une très bonne et heureuse année 2021, qui sera sans doute difficile, mais passionnante, pour peu que tout à chacun ait envie de concrétiser ses projets, autrement dit, s’investir.

L’avenir immédiat doit cependant s’envisager avec prudence.

Nicolas globe croqueur.